Laurent Saint-Martin
Député du Val-de-Marne

Rapporteur général de la commission des finances

TRIBUNE : COMMENT VERDIR LA FINANCE ALORS QUE DES ACTEURS DE MARCHÉ SONT PRÊTS À PAYER POUR VENDRE DU PÉTROLE ?

Dans les médias

Laurent Saint-Martin a publié, ce mardi 26 mai, une tribune consacrée à la finance verte dans La Revue du Trombinoscope. Vous retrouvez cette contribution ci-dessous :

COMMENT VERDIR LA FINANCE ALORS QUE DES ACTEURS DE MARCHÉ SONT PRÊTS À PAYER POUR VENDRE DU PÉTROLE ?

Evénement historique, le cours du baril de pétrole américain affichait, le 20 avril dernier, un prix négatif de -37 dollars. La raison ? Les effets conjugués d’une abondance d’offre imputable aux pays producteurs, et d’un effondrement de la demande mondiale du fait des mesures de confinement adoptées pour lutter contre le coronavirus. Comment « verdir » la finance alors que des acteurs de marché sont prêts à payer pour vendre du pétrole ?

 

L’effondrement du cours des énergies fossiles crée un « signal prix » qui incite, à court terme, à poursuivre voire à renforcer l’investissement dans les activités « brunes ». Voilà l’un des défis majeurs de la relance de notre économie, qui offre une opportunité historique de progresser encore plus vite vers une économie décarbonée, conformément aux engagements de l’Accord de Paris.

 

La question est double : comment verdir les flux financiers et comment verdir le besoin de financement des entreprises ? La puissance publique a d’abord un rôle d’impulsion à jouer. Les acteurs financiers publics et parapublics l’ont intégré, avec quelques succès notables depuis 2017. En 2019, la France était le premier émetteur mondial d’obligations d’État vertes : l’encours de l’OAT verte dépassait les vingt milliards d’euros, soit près du triple du montant levé lors de l’émission initiale, deux ans plus tôt. Le secteur public est un pilier du cercle vertueux entre dépense verte et finance verte. 

 
En matière de régulation, les enjeux sont multiples. Fautil agir en amont sur les flux en incitant les investisseurs à verdir leurs portefeuilles d’actifs, ou en aval des flux, en incitant au verdissement des activités qu’ils financent ? L’effort implique de développer et de généraliser des indices de valorisation « verts » sur les marchés pour accélérer l’internalisation des externalités environnementales. Mais inciter au verdissement des portefeuilles sans inciter simultanément au verdissement de l’activité pourrait encourager des pratiques de désinvestissement qui, si elles n’étaient pas maîtrisées, risqueraient de fragiliser certains secteurs et leur capacité de transition. L’économie réelle et la finance doivent avancer au même rythme.

 

En période de crise, il est délicat de mobiliser la fiscalité comme signal prix en faveur du verdissement de l’activité des entreprises. La voie de la responsabilisation paraît plus appropriée aux circonstances, et le Gouvernement l’a parfaitement compris, en intégrant une conditionnalité environnementale encore renforcée par la majorité parlementaire à ses prises de participation au capital d’entreprises stratégiques menacées de faillite ou de prédation. Le moment est propice à accélérer la recherche d’alternatives aux énergies fossiles, ce qui incite fortement à accélérer les investissements publics orientés vers la R&D dans le cadre de la future relance budgétaire.

 

En matière financière comme de transition écologique, la plus large échelle d’action est la plus pertinente. Pour concilier économie et écologie, l’Europe sera incontournable. Le marché unique est le niveau pertinent pour définir des normes communes, comme nous l’avons fait en matière de taxonomie verte, pour mutualiser les investissements massifs qui bénéficieront à tous, comme le propose le Green New Deal, et pour donner un signal prix aux marchés extérieurs, via le projet de mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union. 


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